dimanche 26 mai 2019

Les Camerounais se sont réveillés ce jeudi matin avec la nouvelle de quelques cent autres opposants inculpés au milieu de la nuit, tout comme leur leader Maurice Kamto un jour plutôt, pour « rébellion », « insurrection » et « hostilité contre la patrie ».

Des charges lourdes, dont certaines sont passibles de la peine de mort. Le tribunal militaire reproche en réalité aux accusés d’avoir appelé à manifester le samedi 26 janvier pour dénoncer les résultats douteux du scrutin d’octobre 2018 actant la réélection (à 71,28 % des voix) de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982. Un acharnement politique qui n’a pas l’air d’émouvoir la France, pourtant occupée à soutenir l’opposition vénézuélienne contre le dictateur présumé Nicolas Maduro.

Les deux poids deux mesures de Paris

Lorsqu’il s’agît de dénoncer la dictature, les atteintes aux droits de l’homme et de multiplier les ultimatums à l’endroit du président vénézuélien Maduro que l’on veut voir démissionner, la France n’a pas d’égal en Europe. Présente en première ligne aux côtés des États-Unis dans la bataille diplomatique visant la chute du successeur de Hugo Chávez, la nation « des libertés et des grandes valeurs » est étrangement très sourde, voire insensible aux cris désespérés de l’opposition camerounaise.

Quelle est la différence entre le Venezuela et le Cameroun ? La question peut sembler saugrenue. Mais depuis que la France a donné une semaine au pouvoir de Caracas pour céder la place à une alternance, jugée plus légitime et plus démocratique, cette interrogation se décline à l’infini sur les réseaux sociaux. Elle est posée par des internautes africains qui soulignent ainsi le « deux poids deux mesures » dont Paris ferait preuve, selon eux, en s’impliquant ouvertement dans une crise lointaine. Alors qu’eux déplorent le silence de la France vis-à-vis de régimes dictatoriaux en Afrique.

« Macron, ton Venezuela, c’est le Cameroun ! »

La même question avait ressurgi avec force, au lendemain de l’arrestation de Maurice Kamto, principal opposant au président Paul Biya, au pouvoir au Cameroun depuis trente-six ans. « Emmanuel Macron, ton Venezuela, c’est le Cameroun, clarifie ta position ! » s’insurge ainsi le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, interpellant le président français sur sa page Facebook, juste après avoir appris que Kamto, avait été appréhendé par des militaires lundi 28 janvier à Douala, la capitale économique de ce pays tourmenté d’Afrique centrale.

Agé de 65 ans, cet ancien ministre en rupture de ban depuis 2011 a créé la surprise lors du dernier scrutin présidentiel, en drainant des foules considérables à ses meetings. Il se trouve donc désormais sous les verrous, transféré le 29 janvier de Douala à Yaoundé, la capitale. Son arrestation est intervenue à l’issue d’un week-end particulièrement tendu : des marches organisées samedi dans les principales villes du pays se sont soldées par une violente répression par les forces de l’ordre, et une centaine d’arrestations.

La France, complice de dictateurs

« La répression de ces manifestations prouve que le régime se sent conforté par le silence des chancelleries occidentales après la dernière élection, même si Washington s’est montré plus critique que Paris », constate de son côté un activiste de la diaspora camerounaise en France.

« Comme ailleurs en Afrique, on cautionne de fausses élections qui reconduisent au pouvoir des dirigeants qui ont ruiné leur pays. Ce que Paris ne comprend visiblement pas, c’est que son silence est interprété comme une complicité avec les dictatures. Partout où je vais en Afrique, et notamment à Dakar récemment, je sens grandir un sentiment antifrançais. Et les Africains applaudissent quand les fascistes italiens dénoncent la France », souligne le cinéaste, en référence à la récente polémique entre Paris et Rome, suite aux propos de plusieurs responsables italiens qui ont accusé la France d’accroître la « misère de l’Afrique ».

En octobre, au lendemain du scrutin présidentiel, alors qu’il venait de s’en déclarer le vainqueur, Maurice Kamto allait d’ailleurs dans le même sens : « Pourquoi l’Europe ne s’implique pas davantage, alors qu’elle affirme être saturée par l’immigration ? Quant à la France, c’est pareil. Elle ne se montre pas plus impliquée dans le changement, malgré ses intérêts économiques dans ce pays », se désolait-il dans une interview accordée au quotidien français Libération.

Aux yeux des Occidentaux, Biya, à défaut d’être un grand démocrate, a longtemps semblé garantir un semblant de stabilité. Mais ce raisonnement est-il encore valable, alors que la secte djihadiste Boko Haram, venue du Nigeria voisin, s’est durablement installée dans le nord misérable du pays ? Et que l’Ouest anglophone est depuis un an et demi le théâtre d’une guerre entre forces loyalistes et séparatistes ?

NN

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