mercredi 14 novembre 2018


Le concept de « bonne gouvernance » est-il devenu un fourre-tout ou un phénomène de mode en Afrique ? Tous les dirigeants s’en tapent la poitrine, mais il semble que nos pays ont du chemin à faire dans ce domaine. Car, du discours à l’acte, il y a toujours un grand fossé. Même si le Mali a fini par avoir son ministère de la… Réforme administrative et de la bonne gouvernance, pardon « de la transparence de la vie publique » !
C’est dans ce sens que la fondation Mo Ibrahim a mis sur pied son mécanisme d’évaluation de la bonne gouvernance. Il est consacré par l’Indice Mo Ibrahim mis à jour une fois par an, qui sert de baromètre. Cette année 2018, la fondation a rendu public, le lundi 29 octobre dernier, le rapport annuel des pays africains en matière de gouvernance. Alors que l’Ile Maurice pilote le trio de tête, on retrouve le Sénégal à la 10ème place, le Bénin à la 13ème place. Notre pays, le Mali à la 28 ème place. C’est donc encore l’Ile Maurice, les Seychelles qui dominent le classement avec respectivement un indice global de 79,5, 73,2 et 71,1 points. Notre pays vient à la 28 ème position.
Paradoxalement, le Cap-Vert et les Seychelles sont les 5 et 6 ème plus faibles économies du continent en termes de PIB. « La bonne gouvernance n’est donc pas liée à la taille des économies », révèle le rapport.
Curieusement, l’ensemble des pays du top 3 de ce classement est composé de pays iliens les deux premiers sur l’Océan Indien et le troisième sur l’Océan Atlantique. Les deux autres Etats du continent présentant ce caractère d’isolement géographique, Madagascar et Sao Tomé & Principe, eux, ont des résultats plutôt mitigés…Le top 10 est clos par le Sénégal voisin.
Comme on peut le constater, notre pays, qui était classé au 25 ème rang en 2016 et chuté à la 30ème position en 2017, vient d’enregistrer un léger reflux. Sauf que l’on se désole de cette faible performance, quant on sait que nos autorités ne cessent de se bomber le torse sur la position de « 3ème économie de l’UEMOA » du Mali. Certes, ce ne sont pas les agrégats économiques qui sont les critères de ce classement, mais il est difficile de comprendre cette 28 ème place au moment où le Sénégal est 10 ème, le Bénin 13ème, le Burkina Faso 16ème et la Côte d’Ivoire 22ème.
Au point de vue des 4 composantes de l’évaluation, « Sécurité et État de droit », « Participation et Droits Humains », « Développement Économique Durable » et « Développement humain », le Mali est aujourd’hui logé à la même enseigne sécuritaire (péril terroriste et extrémiste) que le Burkina Faso. Sans oublier que le Sénégal continue de souffrir de la crise sécuritaire en Casamance et la Côte d’Ivoire a essuyé des attentats terroristes. Et parmi ces pays, souligne un chercheur, le Mali est le plus pourvu en potentialités minières (or notamment) pouvant doper le développement économique et humain. C’est aussi le Mali qui a eu à décréter toute une année, 2014 comme consacrée à la lutte contre la corruption pour promouvoir justement la bonne gouvernance. Et dire que cette expression est revenue à la mode dans le discours public au point qu’un ministère lui est dédié, celui de la « Transparence de la vie publique » !
L’on est tenté alors de suggérer une relecture des critères à la Fondation du milliardaire anglo-soudanais. A défaut des actes de gouvernance, notez nos discours ! Sans oublier notre nomenclature institutionnelle. Comment le pays qui a un département ministériel consacré à la bonne gouvernance ne serait-il pas élu parmi les leaders de la bonne gestion des affaires publiques ? Quid de notre arsenal de… Inspections de contrôle, CASCA, Bureau du Vérificateur général, Office central de lutte contre l’enrichissement illicite, etc ? Cela mérite des points, non ? A moins que la fondation Mô Ibrahim soit contre les intérêts du Mali !
Pour rappel, l’Indice Mo Ibrahim de la bonne gouvernance en Afrique (IIGA) permet de mesurer et d’évaluer annuellement la qualité de la gouvernance pour chaque pays africain. Cette évaluation prend en compte quatre 4 composantes à savoir : Sécurité et État de droit, Participation et Droits Humains, Développement Économique Durable et Développement humain. Il a été créé en 2007 par Mohamed Ibrahim, né en 1946, milliardaire anglo-soudanais et entrepreneur dans le domaine des télécommunications.

Bruno D SEGBEDJI

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